Petit Prince du Désert

Jacques est amoureux. Tous les enfants sont amoureux de leur mère, mais, à douze ans, bientôt treize, ça commence à faire sourire autour de lui. Surtout son père. Mais aussi ses camarades de classe. Jacques n’en a cure : sa mère est la plus belle des mamans.

Ce soir, elle n’est pas belle, elle est magnifique. Il y a réception chez le Président général. Yella Bonnieux y étrennera une nouvelle robe, arrivée la veille de Paris par bateau. Jacques a eu le droit d’ouvrir lui-même le paquet à larges rubans griffé aux armes de la maison Poiret. Il n’a pas été surpris : il a si souvent entendu les invités de ses parents poser des questions à sa mère sur l’époque enchantée où elle était mannequin pour la célèbre marque de l’avenue Montaigne. « C’était il y a si longtemps, répond-elle en souriant. On m’appelait encore Gabrielle, comme Mademoiselle Chanel… Et puis Jacques est arrivé », ajoute-t-elle en regardant son fils droit dans les yeux. N’y pouvait-on lire que de la tendresse ? Il craignait d’y trouver aussi quelque reproche. Il n’avait pourtant pas demandé à venir si vite au monde. Il aurait pu attendre, il n’était pas pressé. Il aurait tout à fait compris qu’elle cherche à séduire encore longtemps en défilant, offerte à la convoitise des hommes. Mère à dix-huit ans, c’était peu ordinaire, mais ça permet au petit Jacques de profiter pleinement de l’éclat de son idole qui vient à peine de fêter ses trente ans.

Il a défait les rubans, ouvert le carton gaufré, dégagé la fine mousseline qui entourait la robe, puis il s’est reculé d’un pas pour laisser opérer sa mère. Elle l’a effleuré au passage, lui a passé la main dans la nuque, elle sentait si bon — Heure bleue, toujours.

En experte, elle a saisi la robe par les épaules, l’a fait glisser hors de la mousseline, a frotté son museau contre le drapé puis l’a plaquée sur elle, un bras sur le buste, un autre sur la taille. Jacques regardait bouche bée, son père ne disait rien, admiratif lui aussi, mais plus amusé et peut-être secrètement inquiet du coût de la dernière folie de son épouse. Elle les avait ensuite gentiment congédiés « Maintenant, mes amours, je vais l’essayer. » De ces essais, ils ne surent rien. Jacques n’a découvert la nouvelle parure de sa mère que quelques minutes avant leur départ pour le cocktail du Président général au Maroc. Et c’est là qu’il s’est juré qu’il n’y aurait aucune autre femme dans sa vie.

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Jacques is in love. All boys are in love with their mother, but, at twelve, soon to be thirteen, he is begining to notice that it makes people smile around him – especially his father – and also his classmates. Jacques does not care: his mother is the most beautiful mother.

Tonight, she is not just beautiful, she is magnificent. There is a reception at the President-General’s house. There, Yella Bonnieux will give the debut of a new dress, which arrived the day before from Paris by boat. Jacques had the chance to open himself the package with large ribbons branded with the arms of the Fashion House of Poiret. He wasn’t surprised: he so often heard his parents’ guests ask his mother about the enchanted days when she was a model for the famous Avenue Montaigne brand. “That was so long ago,” she says with a smile. “I was still called Gabrielle, like Mademoiselle Chanel .. And then Jacques arrived,” she adds, looking her son straight in the eye. Could one read only tenderness? He feared that he would also find some reproach in it. Yet he had not asked to come into the world so quickly. He could have waited, he was not in a hurry. He would have fully understood that she seeks to seduce for a long time by parading, an offering to the lust of men. Mother at eighteen, it was unusual, but it allows little Jacques to take full advantage of the brilliance of his idol who has scarcely celebrated her thirtieth birthday.

He undid the ribbons, opened the embossed cardboard box, released the fine muslin that surrounded the dress, and then took a step back to let his mother take charge. She touched him in passing, put her hand on his neck, she smelled so good — Blue Hour, always. Expertly, she took the dress by the shoulders, removed it from the chiffon, rubbed her nose against the material and then held it to her, one arm on the bust, another on the waist. Jacques looked open-mouthed, his father said nothing, admiring too, but more amused and perhaps .. secretly worried about the cost of his wife’s latest madness. She then gently dismisses them “Now, my loves, I’ll try it on.” Of these trials, they know nothing. Jacques only discovered his mother’s new adornment a few minutes before they left for the President-General’s cocktail party in Morocco. And that’s when he vowed to himself that there would be no other woman in his life.

 

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