Les vaccins et la France

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[00:00:05] Un vaccin? Allemands et américains. Et puis, l’annonce d’un autre Américain, Moderna annonce un vaccin. …

[00:00:25] Et pour cause, la France n’en trouve pas. Hier encore, notre entreprise phare Sanofi a finalement simplement produit le vaccin des autres. Un échec français qui serait révélateur d’un problème plus ancien. C’est ce qu’on peut lire dans ce document publié par le Conseil d’analyse économique, un groupe d’économistes, qui conseille le gouvernement.

[00:00:47] En gros, selon ce rapport. si la recherche médicale française est aujourd’hui à la traîne, c’est parce qu’elle a raté un virage important au tournant des années 2000; le virage entre l’industrie chimique et les biotechnologies. En schématisant jusque-là, la stratégie des gros laboratoires pharmaceutiques, c’était de trouver dans la nature une molécule qui pourrait se révéler utile pour nous soigner. Exemple on a découvert que l’écorce de saule permettait de soulager nos douleurs. On a donc isolé la molécule responsable et on fait de l’aspirine. C’est de la chimie.

[00:01:24] Ça permettait de mettre au point ce qui est recherché des médicaments utiles pour des grandes maladies, qui touchent beaucoup de monde. C’est ce qu’on appelait le “blockbuster”, un peu comme dans le cinéma. C’est ceux qui font recette.

[00:01:36] Mais cette stratégie se retrouve dans une impasse. Ça devient plus compliqué de trouver de nouvelles molécules et de nombreuses maladies restent incurables. C’est là qu’interviennent les biotechnologies.

[00:01:46] Grandement liées à un changement de paradigme c’est vraiment une rupture fondamentale.

[00:01:50] La biotechnologie, en gros, ça consiste à dire on ne va pas attendre de trouver dans la nature une molécule intéressante où on va nous-mêmes modifier la nature pour obtenir ce dont on a besoin. C’est par exemple le cas des thérapies géniques.

[00:02:04] On modifie un ADN déficient, ce qui peut être utile pour soigner des cancers. C’est aussi le cas des récents vaccins contre le Covid `a ARN messager. on envoie un message aux cellules pour leur dicter une marche à suivre.

[00:02:19] Les biotechnologies sont un bond en avant scientifique et elle ouvre plein de perspectives, mais ça coûte très cher. Le Conseil d’analyse économique explique qu’en 2003, développer un médicament coûte environ 802 millions de dollars en un peu plus de dix ans. Ce chiffre a été multiplié par trois.

[00:02:38] L’une des raisons, c’est que les biotechnologies, encore en plein développement, nécessitent un énorme travail de recherche, à commencer par ce qu’on appelle la recherche fondamentale, celle qui se fait tout en amont pour mieux connaître le sujet, sans qu’on sache si ça pourra rapporter quelque chose au monde.

[00:02:55] Bref, les laboratoires pharmaceutiques qui ont un but commercial n’aiment pas trop s’y risquer. Et ça a des conséquences sur l’organisation du secteur pharmaceutique.

[00:03:04] Le centre de gravité de la recherche était en général à l’intérieur des labos pharmaceutiques. Ça en déplace une bonne partie du côté de la recherche publique.

[00:03:17] Il revient donc à l’Etat de financer des chercheurs pour défricher ce terrain dans l’idée qu’en plus, ces recherches serviront l’intérêt général. Et c’est précisément là que la France a un problème. En France, la recherche en santé a de moins en moins d’argent. Les crédits ont diminué de 28% entre 2011 et 2018, quand ils augmentaient de 8% aux Etats-Unis, de 11% en Allemagne et de 16% au Royaume-Uni. La France dépense donc aujourd’hui plus de deux fois moins que l’Allemagne, par exemple, et l’écart se creuse.

[00:03:51] Cette décennie, finalement, a été un peu perdue pour la recherche dans ce domaine. Parce que là, il y a eu vraiment un fossé qui s’était élargi entre la France et ses voisins. Ça pose effectivement un problème à la fois de compétitivité et il y a un vrai enjeu de souveraineté qui est très important.

[00:04:10] Un manque de moyens en amont, donc, auquel s’ajoute une organisation qui n’est pas optimale en France. Ce qu’il manque, c’est une collaboration efficace entre la recherche publique et le monde de l’entreprise. La recherche publique, elle se fait en grande partie dans le monde universitaire. Mais pour développer ensuite un médicament et le commercialiser, il a besoin de relais dans le monde de l’entreprise, c’est exactement ce qui s’est passé pour les trois vaccins contre le Covid distribués aujourd’hui en Europe. Tous reposent sur les travaux de chercheurs issus de grandes universités qui ont développé leur propre startup et où se sont associés à un laboratoire pharmaceutique.

[00:04:54] Pour mesurer la qualité de la collaboration entre les universités et les entreprises, il existe un classement réalisé par la Banque Mondiale. En haut de ce classement, on trouve la Suisse, les Etats-Unis, mais aussi le Royaume-Uni ou l’Allemagne. La France, elle, étant 35ème position.

[00:05:14] Pendant très longtemps. Il y a une forme de méfiance entre ces deux milieux. Les chercheurs FDPA encouragés. C’était plutôt malvenu de vouloir monter son entreprise. Ça voulait dire qu’on ne s’intéresse pas au bien commun, mais on s’intéresse à ses sous.

[00:05:28] Malgré tout, les pouvoirs publics sont bien conscients du problème.

[00:05:32] Le constat est connu. Il est partagé. Nous pouvons parler d’une décennie perdue.

[00:05:37] Fin 2020, après deux ans de travail, une nouvelle loi est entrée en vigueur. Elle prévoit notamment que 25 milliards d’euros supplémentaires seront investis dans la recherche d’ici 2030. Le plan de relance mis en place à la suite de la crise du coronavirus prévoit d’engager 6 milliards de plus. On ne sait pas quelle part exacte tiendra la santé dans ces mesures, mais le Conseil d’analyse économique estime qu’elles vont dans la bonne direction. Il précise néanmoins qu’il faudra aller encore plus loin pour rejoindre nos partenaires européens les plus performants.

[00:06:10] Le programme de relance allemand, lui, prévoit autour de 60 milliards sur la recherche. On se retrouve toujours tout d’un coup avec cette grande différence sur les investissements. L’enjeu, finalement, ce n’est pas de continuer à suivre les Allemands avec du retard, c’est d’essayer de rattraper ce retard. Et là, on en est loin.

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