{"id":2275,"date":"2021-12-16T10:49:01","date_gmt":"2021-12-16T10:49:01","guid":{"rendered":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/?p=2275"},"modified":"2021-12-16T10:49:01","modified_gmt":"2021-12-16T10:49:01","slug":"costume-cravate","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/2021\/12\/16\/costume-cravate\/","title":{"rendered":"Costume cravate"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/www.arte.tv\/en\/videos\/094484-004-A\/the-suit-uniform-of-the-modern-man\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.arte.tv\/en\/videos\/094484-004-A\/the-suit-uniform-of-the-modern-man\/<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.happyscribe.com\/transcriptions\/44a31b60d77b4ceba47c8bd4a012bbea\/edit_v2\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.happyscribe.com\/transcriptions\/44a31b60d77b4ceba47c8bd4a012bbea\/edit_v2<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<audio class=\"wp-audio-shortcode\" id=\"audio-2275-1\" preload=\"none\" style=\"width: 100%;\" controls=\"controls\"><source type=\"audio\/mpeg\" src=\"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Debut-2021-12-08-16_27_34_audio.mp3?_=1\" \/><a href=\"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Debut-2021-12-08-16_27_34_audio.mp3\">https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Debut-2021-12-08-16_27_34_audio.mp3<\/a><\/audio>\n[00:14] &#8211; Speaker<br \/>\nUne armure taill\u00e9e pour l&#8217;homme moderne parti \u00e0 l&#8217;assaut du monde industriel, l&#8217;universel costume cravate. Dans ce num\u00e9ro, Patrick Boucheron invite l&#8217;historien Manuel Charpie avant de retrouver la chronique de Manon Bril.<\/p>\n[00:30] &#8211; Patrick<br \/>\nLa barbe ne fait pas le philosophe, disait Plutarque. L&#8217;habit ne fait pas le moine, r\u00e9pondaient les m\u00e9di\u00e9vaux. Et pourtant, pour habiter la fonction, on doit endosser le costume, si possible pas trop grand pour soi. Le v\u00eatement est un langage et c&#8217;est un langage commun. Chacun peut le parler, en user, en abuser, le d\u00e9tourner. Le sens du v\u00eatement se retourne comme on retourne sa veste. L&#8217;histoire du costume cravate, la panoplie de l&#8217;homme moderne depuis la seconde moiti\u00e9 du 19e si\u00e8cle et celle d&#8217;une silhouette bien ajust\u00e9e.<\/p>\n[01:16] &#8211; Patrick<br \/>\nMais c&#8217;est aussi celle de ces d\u00e9sajustements par les f\u00e9ministes, par les Teddy boys, par les sapeurs congolais. C&#8217;est aussi l&#8217;histoire de l&#8217;industrialisation, l&#8217;histoire de la modernit\u00e9, l&#8217;histoire de la mani\u00e8re dont on peut accepter ou contester l&#8217;uniformisation du monde. Pour en parler Manuel Charpie, historien des cultures mat\u00e9rielles et des cultures visuelles au 19e si\u00e8cle.<\/p>\n[01:59] &#8211; Manuel<br \/>\nLe costume complet, le complet veston se diffuse v\u00e9ritablement \u00e0 partir des ann\u00e9es 1880, 1900 dans le monde. \u00c7a fait d\u00e9j\u00e0 presque une cinquantaine d&#8217;ann\u00e9es qu&#8217;il est en chemin sous la forme du paletot et dans la forme qu&#8217;on conna\u00eet aujourd&#8217;hui encore. En fait, de ce veston, cette chemise blanche, le plus souvent cravate et pantalon, le tout dans un tissu uni, c&#8217;est devenu l&#8217;uniforme de l&#8217;homme moderne du Sportsman, aussi, cette nouvelle d&#8217;un nouveau corps plus athl\u00e9tique, plus hygi\u00e9nique, mais aussi compl\u00e8tement connect\u00e9 \u00e0 l&#8217;histoire \u00e9conomique.<\/p>\n[02:41] &#8211; Manuel<br \/>\nEt cette nouvelle silhouette qu&#8217;on trouve dans toutes les publicit\u00e9s peut se d\u00e9cliner dans plein de formes diff\u00e9rentes. Globalement, c&#8217;est une nouvelle silhouette avec des \u00e9paules plus marqu\u00e9e, plus virile, plus entreprenante, qui va se mettre en place et \u00e0 partir de l\u00e0, le complet veston est, oui, l&#8217;uniforme, le signe d&#8217;une r\u00e9ussite \u00e9conomique, d&#8217;un pouvoir politique. Tout un monde accompagn\u00e9 par une nouvelle silhouette. Cette silhouette n&#8217;est pas, ne se limite pas du tout \u00e0 l&#8217;Europe ou aux Etats-Unis.<\/p>\n[03:16] &#8211; Manuel<br \/>\nOn la retrouve dans tous les grands centres urbains. En fait, d\u00e8s les ann\u00e9es 1990, que ce soit en Asie, en Afrique, en Am\u00e9rique latine, elle devient le signe de la r\u00e9ussite, le signe de la connexion avec le reste du monde. Et on va voir dans toute la publicit\u00e9. C&#8217;est le cas sur les affiches qui veulent montrer la modernit\u00e9. On la revendique comme une silhouette de l&#8217;homme engag\u00e9 dans le Nouveau Monde. Et l&#8217;autre type de diffusion qui va \u00eatre aussi tr\u00e8s, tr\u00e8s frappant, c&#8217;est que \u00e7a va \u00eatre un outil de modernisation de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n[03:49] &#8211; Manuel<br \/>\nDonc \u00e7a va devenir un v\u00eatement aussi impos\u00e9 aux populations. C&#8217;est juste prendre quelques exemples. Mais au Japon fin du 19e si\u00e8cle, le Japon d\u00e9cide de devenir un pays occidental, en quelque sorte. En tout cas, de s&#8217;emparer de la modernit\u00e9 technique du capitalisme \u00e0 l&#8217;occidentale, aid\u00e9 de 1894, mais qui impose \u00e0 ses fonctionnaires le costume \u00e0 l&#8217;occidentale. C&#8217;est le cas par exemple avec Atat\u00fcrk, qui veut europ\u00e9aniser la Turquie et c&#8217;est la fameuse loi en 1925, la loi du chapeau, mais qui en fait, concerne la totalit\u00e9 du costume.<\/p>\n[04:24] &#8211; Manuel<br \/>\nIl va \u00e0 la fois promouvoir tr\u00e8s largement dans la soci\u00e9t\u00e9 le costume et forcer les fonctionnaires, y compris \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e, \u00e0 porter ce costume, et on a la m\u00eame chose. Dernier exemple en Afghanistan, o\u00f9 le roi Amanullah Khan force notamment tous les d\u00e9put\u00e9s et tous les repr\u00e9sentants un peu \u00e9lev\u00e9s du pouvoir \u00e0 porter le costume \u00e0 l&#8217;occidentale.<\/p>\n[04:54] &#8211; Speaker<br \/>\nModernes, le costume est par sa fabrication, sa silhouette qui rompt avec les redingotes ajust\u00e9es du d\u00e9but du si\u00e8cle, n\u00e9 dans l&#8217;Am\u00e9rique des ann\u00e9es 1850 avec la m\u00e9canisation, le costard est industriel. On le produit en s\u00e9rie. Aussit\u00f4t, son succ\u00e8s stimule les innovations de tout poil. Cravate et n\u0153ud papillon nou\u00e9, focale rigide en cellulo\u00efd, mati\u00e8re synth\u00e9tique, sang-froid, sable, polyester et nylon machine aussi pour automatiser la prise des mesures rapides, essayeurs et corporis mettre d\u00e8s les ann\u00e9es 1880 jusqu&#8217;au body graph que la belle jardini\u00e8re popularise dans les ann\u00e9es 1960, le costume devient une haute technologie, une technologie qu&#8217;on expose au Mus\u00e9e d&#8217;art moderne de New York en 1947.<\/p>\n[05:41] &#8211; Speaker<br \/>\nUne technologie autour de laquelle gravitent aussi tout un monde de petits m\u00e9tiers sous qualifi\u00e9s, dou\u00e9s de cravates, cireur de chaussures, blanchisseuses et diaspora chinoise, des pressings californiens. Le monde moderne s&#8217;\u00e9chelonne de ce qui porte le costume \u00e0 ceux qui en assure l&#8217;entretien.<\/p>\n[06:01] &#8211; Manuel<br \/>\nEn fait, tr\u00e8s vite va se marquer une fronti\u00e8re entre ceux qui vont avoir les moyens de se payer un costume sur mesure et ceux qui iront vers la confection qui va devenir au vingti\u00e8me si\u00e8cle le pr\u00eat \u00e0 porter. L&#8217;autre signe de distinction qui va \u00eatre rejou\u00e9 dans ce monde qui semble uniforme au premier coup d&#8217;oeil, c&#8217;est la mani\u00e8re de mobiliser tout un tas d&#8217;accessoires. Et ce qui est assez curieux, c&#8217;est qu&#8217;on a des effets de retournement, c&#8217;est \u00e0 dire qu&#8217;on peut avoir dans les ann\u00e9es 20, l&#8217;id\u00e9e que la cravate fantaisie, par exemple, est un signe distinctif plut\u00f4t de gens qui peuvent se permettre des fantaisies, donc pas tout le monde.<\/p>\n[06:50] &#8211; Manuel<br \/>\nL&#8217;employ\u00e9 de bureau ordinaire ne peut pas. Et puis, \u00e7a va \u00eatre l&#8217;inverse. \u00c0 partir des ann\u00e9es 70 ou en gros, la cravate fantasy devient plut\u00f4t une sorte de signe de ringardise. Et puis, l&#8217;ultime distinction ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Si on regarde du c\u00f4t\u00e9 des grandes entreprises, notamment aux \u00c9tats-Unis, c&#8217;est de plus porter de cravate. Mais il n&#8217;emp\u00eache que dans le m\u00eame temps, et c&#8217;est ce qui est tr\u00e8s frappant avec ce costume complet, on va cr\u00e9er une nouvelle cat\u00e9gorie sociale les cols blancs.<\/p>\n[07:23] &#8211; Manuel<br \/>\nDonc on d\u00e9signe une cat\u00e9gorie sociale par son v\u00eatement pour d\u00e9signer tout ce nouveau monde qui monte tout doucement \u00e0 partir du milieu du 19e si\u00e8cle. Et pour devenir omnipr\u00e9sent au 20e si\u00e8cle, c&#8217;est le monde de l&#8217;administration. Donc, on va appeler \u00e7a au 19e si\u00e8cle. Les ronds de cuir, c&#8217;est ce petit coussin en cuir sur lequel on s&#8217;assoit. Et il y a un ouvrage assez central dans cette notion de mail qui s&#8217;appelle White Collar et qui est une enqu\u00eate publi\u00e9e en 1951, d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la classe moyenne am\u00e9ricaine et qu&#8217;on d\u00e9crit par son v\u00eatement.<\/p>\n[07:58] &#8211; Manuel<br \/>\nOn fixe le terme de col blanc qui s&#8217;oppose aux termes de cols bleus qui travaillent de leurs mains. Ceux qui portent la veste en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 m\u00eame le corps. Et puis, le col blanc, c&#8217;est justement celui qui maintient blanc son col parce qu&#8217;il ne travaille pas de ses mains.<\/p>\n[08:17] &#8211; Speaker<br \/>\nPendant que l&#8217;homme moderne travaille en costume au bureau, son \u00e9pouse reste en robe \u00e0 la maison, \u00e0 l&#8217;homme, le costard, \u00e0 lui seul, le dynamisme et \u00e0 l&#8217;\u00e2ge du costume cravate. Les femmes aussi travaillent. Les femmes font du sport et leurs tenues s&#8217;adaptent elles aussi d\u00e8s la fin du 19e si\u00e8cle. Le tailleur londonien John Redfern fabrique pour la femme moderne une tenue inspir\u00e9e du costume masculin, vestige pas sorti en drap. Le costume tailleur est n\u00e9. Il devient au vingti\u00e8me si\u00e8cle une pi\u00e8ce centrale de la mode f\u00e9minine dont s&#8217;emparent aussi bien Christian Dior que Coco Chanel.<\/p>\n[08:52] &#8211; Speaker<br \/>\nMais il y a l&#8217;histoire des v\u00eatements et celle des femmes qui les portent. C&#8217;est l\u00e0 que se jouent les vraies ruptures. L\u00e0 que s&#8217;inventent les vraies r\u00e9volutions dans les bars lesbiens du Paris de l&#8217;entre-deux guerres, par exemple, o\u00f9 la culture queer arrache aux hommes le privil\u00e8ge du costume. Plus d&#8217;ajustements ici, plus de traductions au f\u00e9minin dans des \u00e9toffes plus fines aux courbes plus marqu\u00e9es. Porter le costume, c&#8217;est signifier aux hommes qu&#8217;ils n&#8217;ont ni le monopole de l&#8217;autorit\u00e9, ni celui du charisme, ni de la s\u00e9duction.<\/p>\n[09:24] &#8211; Speaker<br \/>\nC&#8217;est d\u00e9fier les fronti\u00e8res du genre en franchissant celle du v\u00eatement.<\/p>\n[09:29] &#8211; Manuel<br \/>\nEt tr\u00e8s vite. En fait, on va avoir des figures, notamment comiques, qui vont s&#8217;emparer de ce v\u00eatement. Et on songe \u00e9videmment \u00e0 Charlie Chaplin. On l&#8217;a tous en t\u00eate dans ce costume trop \u00e9triqu\u00e9. Cette figure de l&#8217;homme marginal, innocent, qui est jet\u00e9 dans cette soci\u00e9t\u00e9 dont il ne comprend pas vraiment les codes. Il ne comprend pas non plus la brutalit\u00e9, ne comprend pas l&#8217;\u00e9conomie, ne prend pas le monde du travail qui va avec. Et donc, il y a la figure de Chaplin.<\/p>\n[09:56] &#8211; Manuel<br \/>\nIl y a aussi, \u00e9videmment, par exemple, la figure de Tati avec ce costume trop court ou ce corps trop grand est engonc\u00e9. Et ses figures vont juste simplement par leur innocence et par leur incapacit\u00e9 \u00e0 habiter leur costume, vont manifester leur incapacit\u00e9 \u00e0 habiter ce nouveau monde qui violent les corps. Et donc, \u00e7a va \u00eatre une mani\u00e8re aussi de critiquer la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n[10:33] &#8211; Manuel<br \/>\nEn parall\u00e8le, on va avoir aussi des appropriations et des d\u00e9tournements sociaux, \u00e7a va \u00eatre le cas, par exemple des Teddy Boys en Angleterre, qui vont revendiquer une mani\u00e8re quasiment aristocratique de s&#8217;habiller. Et ces jeunes gens vont manifester en s&#8217;emparant du costume, une r\u00e9ussite \u00e9conomique qu&#8217;ils n&#8217;ont pas du tout. Et par l\u00e0, on le devine rejet\u00e9e. Le fait d&#8217;aller travailler \u00e0 l&#8217;usine, l&#8217;autre mouvement qui va se d\u00e9velopper, en fait, d\u00e8s les ann\u00e9es 1900, c&#8217;est \u00e0 dire tr\u00e8s t\u00f4t, le mouvement de contestation contre ce complot, contre ce costume, on va le trouver, par exemple en Allemagne, dans tous les mouvements de rejet de la soci\u00e9t\u00e9 qui d\u00e9fendent la vie en communaut\u00e9, o\u00f9 on va notamment vivre souvent nus ou avec des toges en bois, avec du drap\u00e9 contre le cousu et la contrainte du v\u00eatement cousu et en particulier le complet veston.<\/p>\n[11:22] &#8211; Manuel<br \/>\nEt c&#8217;est une pens\u00e9e qui va \u00eatre reprise dans les ann\u00e9es 30 aux Etats-Unis par les proto hippies et qu&#8217;on va retrouver \u00e0 partir des ann\u00e9es 60. Le complet veston et le costume honni de tous ces mouvements qui rejettent la soci\u00e9t\u00e9 telle qu&#8217;elle est.<\/p>\n[11:48] &#8211; Speaker<br \/>\nA battre, le costume ! En 1972, ce mot d&#8217;ordre r\u00e9sonne dans tout le Za\u00efre. Finie la colonisation, finie le costume cravate. Fini le temps o\u00f9 il fallait dire \u00e0 m\u00eame la peau sa soumission aux Europ\u00e9ens, \u00e0 leur mode, \u00e0 leur modernit\u00e9.<\/p>\n[12:04] &#8211; Speaker<br \/>\nL\u00e0-bas, Coste, c&#8217;est le veston sans col de Mobutu, l&#8217;anti costume cravate qu&#8217;il impose au pays. Son mod\u00e8le le col Mao. Depuis sa victoire contre le Kouo-Min-Tang de Tchang Ka\u00ef-chek en 1949, le Parti communiste chinois invente pour dire son programme \u00e9galitaire. D\u00e9tenu sans sexe, sans classe, sans \u00e2ge, aussi, loin des tenues codifi\u00e9es de la tradition chinoise que du costume occidental qui lui avait succ\u00e9d\u00e9 du temps de Sun Yat sen. \u00c0 mesure que le mao\u00efsme s&#8217;impose dans le monde comme fer de lance de la lutte r\u00e9volutionnaire, les leaders anti coloniaux form\u00e9s en Chine \u00e0 l&#8217;art de la gu\u00e9rilla reprennent l&#8217;uniforme de leurs ma\u00eetres chinois contre le costume de la modernit\u00e9 capitaliste de la Chine au Za\u00efre, en arborant le col Mao.<\/p>\n[12:51] &#8211; Manuel<br \/>\nIl y a une formule tr\u00e8s connue de Barth, qui dit que le v\u00eatement est un fait social total. C&#8217;est tr\u00e8s net, c&#8217;est \u00e0 dire ? Il y a un enjeu social tr\u00e8s fort et un enjeu \u00e9conomique. Comment s&#8217;identifier \u00e9conomiquement ? Il y a un enjeu politique puisque j&#8217;ai dit que \u00e7a devenait le v\u00eatement du politique et qu&#8217;il pouvait parfois \u00eatre impos\u00e9 pour changer les \u00e9lites politiques. C&#8217;est aussi un objet. C&#8217;est tr\u00e8s clair que le costume s&#8217;est presque incarn\u00e9. Vraiment, c&#8217;est que le v\u00eatement, d\u00e8s qu&#8217;on travaille sur le v\u00eatement, on travaille \u00e0 l&#8217;interface entre la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble, le regard de la soci\u00e9t\u00e9, les normes de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n[13:29] &#8211; Manuel<br \/>\nEt puis un individu, un individu au plus pr\u00e8s de son intimit\u00e9. Parce que le v\u00eatement, c&#8217;est dur de faire plus intime en termes, en tout cas corporel. Et le costume incarne vraiment \u00e7a. Ce que vous avez ? Une sorte de carapace ext\u00e9rieure. Et puis cette chemise qui est qui manifeste, une hygi\u00e8ne qui est pr\u00e8s du corps. Et donc, faire l&#8217;histoire du v\u00eatement, c&#8217;est aussi saisir cette articulation et aussi toutes les mani\u00e8res de r\u00e9sister, de contester, de d\u00e9tourner.<\/p>\n[13:57] &#8211; Manuel<br \/>\nCe qui m&#8217;int\u00e9resse en travaillant sur le v\u00eatement, c&#8217;est aussi de voir quand tout le monde est un peu sociologue du v\u00eatement. On se rend compte que toute la soci\u00e9t\u00e9 sait d\u00e9coder les v\u00eatements, sait lire des v\u00eatements, sait s&#8217;en emparer, manipuler ses signes. Et il n&#8217;y a pas tant de domaines que \u00e7a qui sont investis \u00e0 ce point-l\u00e0 par toutes les classes sociales. Le v\u00eatement est un discours. Les gens qui investissent dans le v\u00eatement savent porter un discours sur leurs v\u00eatements et le reste de la soci\u00e9t\u00e9 sait lire ce discours.<\/p>\n[14:21] &#8211; Speaker<br \/>\nEt maintenant, Manon Bril d\u00e9joue la fronti\u00e8re entre histoire et culture populaire.<\/p>\n[14:32] &#8211; Manon<br \/>\nAvec le pr\u00eat \u00e0 porter et la d\u00e9mocratisation de la couture, tout le monde peut maintenant poss\u00e9der un costume cravate. Pourtant, de nos jours, le costard est en d\u00e9clin et ses ventes aurait chut\u00e9 d&#8217;environ 60 en moins de dix ans. Probablement parce qu&#8217;on va de moins en moins travailler en costume des entrepreneurs \u00e0 col roul\u00e9 influents, tels Steve Jobs ayant ouvert la voie. De plus, symbole d&#8217;un travail ali\u00e9nant, le costume cravate peut aussi \u00eatre diabolis\u00e9 par certaines cr\u00e9ations.<\/p>\n[14:56] &#8211; Manon<br \/>\nC&#8217;est le cas dans La l\u00e9gende urbaine du lin Dormann. Cr\u00e9\u00e9 de toutes pi\u00e8ces par Internet en 2009, ce monstre, dont le nom signifie homme \u00e9lanc\u00e9, a l&#8217;apparence d&#8217;une immense silhouette humaine aux bras \u00e9tir\u00e9s avec un grand visage vide et ayant pour seul \u00e9l\u00e9ment distinctif un costard cravate. Et c&#8217;est bien la combinaison d&#8217;un \u00e9l\u00e9ment extr\u00eamement familier avec de l&#8217;\u00e9trange qui procure un sentiment de mal \u00eatre. Sa l\u00e9gende, tr\u00e8s populaire, a donn\u00e9 lieu \u00e0 une tonne de cr\u00e9ations, y compris un jeu vid\u00e9o qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clin\u00e9 dans de nombreuses versions.<\/p>\n[15:25] &#8211; Manon<br \/>\nAvec une extr\u00eame simplicit\u00e9, ce jeu r\u00e9ussit \u00e0 faire d&#8217;un simple business man sans visage. Votre pire cauchemar ? La grande. Popularit\u00e9 de cette l\u00e9gende urbaine, elle a pouss\u00e9 la BBC \u00e0 la qualifier du premier grand-meeting du Web, qui devient peut-\u00eatre un t\u00e9moin de combien le costume cravate hante plus que jamais nos en.<\/p>\n[15:51] &#8211; Patrick<br \/>\nAlors, vous l&#8217;avez vu passer Slender Man, l&#8217;homme \u00e9lanc\u00e9. Si l&#8217;on ne sait plus trop o\u00f9 il est aujourd&#8217;hui, c&#8217;est que nous entretenons un rapport embarrass\u00e9 avec la modernit\u00e9 industrielle dont le costume cravate est l&#8217;uniforme. L&#8217;occidentalisation du monde a connu bien des contestations. Raison de plus pour ne pas d\u00e9tourner le regard face \u00e0 cette question de la domination bureaucratique. En 1982, le sociologue Luc Boltanski abordait frontalement dans son livre Les cadres. Il montrait comment, dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de l&#8217;apr\u00e8s-guerre, le monde de l&#8217;entreprise, celui de la bureaucratie. S&#8217;incarner dans cet homme passe partout. Le cadre toujours visible, mais partout insaisissable. On peut le relire aujourd&#8217;hui, ce classique de la sociologie. \u00c0 la semaine prochaine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>https:\/\/www.arte.tv\/en\/videos\/094484-004-A\/the-suit-uniform-of-the-modern-man\/ https:\/\/www.happyscribe.com\/transcriptions\/44a31b60d77b4ceba47c8bd4a012bbea\/edit_v2 &nbsp; [00:14] &#8211; Speaker Une armure taill\u00e9e pour l&#8217;homme moderne parti \u00e0 l&#8217;assaut du monde industriel, l&#8217;universel costume cravate. Dans ce num\u00e9ro, Patrick Boucheron invite l&#8217;historien Manuel Charpie avant de retrouver la chronique de Manon Bril. [00:30] &#8211;&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/2021\/12\/16\/costume-cravate\/\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2277,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-2275","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-french"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/255990_BLACK_1.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p8rlea-AH","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2275","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2275"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2275\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2279,"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2275\/revisions\/2279"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2277"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2275"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2275"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2275"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}