{"id":2159,"date":"2021-10-06T16:32:02","date_gmt":"2021-10-06T15:32:02","guid":{"rendered":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/?p=2159"},"modified":"2022-04-02T14:50:29","modified_gmt":"2022-04-02T13:50:29","slug":"flaner-a-travers-la-belle-epoque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/2021\/10\/06\/flaner-a-travers-la-belle-epoque\/","title":{"rendered":"Fl\u00e2ner \u00e0 travers la Belle \u00c9poque"},"content":{"rendered":"<p>Paris : Fl\u00e2ner \u00e0 travers la Belle \u00c9poque<\/p>\n<p><span class=\"embed-youtube\" style=\"text-align:center; display: block;\"><iframe class=\"youtube-player\" width=\"752\" height=\"423\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/wUdP1eL9Z_A?version=3&#038;rel=1&#038;showsearch=0&#038;showinfo=1&#038;iv_load_policy=1&#038;fs=1&#038;hl=en-GB&#038;autohide=2&#038;wmode=transparent\" allowfullscreen=\"true\" style=\"border:0;\" sandbox=\"allow-scripts allow-same-origin allow-popups allow-presentation allow-popups-to-escape-sandbox\"><\/iframe><\/span><\/p>\n<audio class=\"wp-audio-shortcode\" id=\"audio-2159-1\" preload=\"none\" style=\"width: 100%;\" controls=\"controls\"><source type=\"audio\/mpeg\" src=\"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/ParisFlanerTraversBelleEpoque-ARTE.mp3?_=1\" \/><a href=\"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/ParisFlanerTraversBelleEpoque-ARTE.mp3\">https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/ParisFlanerTraversBelleEpoque-ARTE.mp3<\/a><\/audio>\n<p><a href=\"\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/flaner.jpg\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"2160\" data-permalink=\"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/2021\/10\/06\/flaner-a-travers-la-belle-epoque\/flaner\/\" data-orig-file=\"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/flaner.jpg\" data-orig-size=\"417,233\" data-comments-opened=\"0\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"flaner\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-large-file=\"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/flaner.jpg\" class=\"alignleft size-full wp-image-2160\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/flaner.jpg\" alt=\"\" width=\"417\" height=\"233\" srcset=\"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/flaner.jpg 417w, https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/flaner-300x168.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 417px) 100vw, 417px\" \/><\/a><\/p>\n<p>La Belle \u00c9poque. Paris, le Moulin Rouge et les Folies Berg\u00e8re, les danseuses qui lancent leurs jambes en l&#8217;air, les messieurs \u00e0 chapeaux et \u00e0 cigares assis aux terrasses de caf\u00e9 le long des \u00e9l\u00e9gants boulevards.<\/p>\n<p>Divertissement et s\u00e9duction.<\/p>\n<p>Nous pensons \u00e0 un Paris de carte postale qui a encore de beaux restes aujourd&#8217;hui. Mais la belle \u00e9poque. Cette p\u00e9riode, qui s&#8217;\u00e9tend de la fin du 19e si\u00e8cle jusqu&#8217;au d\u00e9but de la Grande Guerre, \u00e9tait-elle aussi belle que l&#8217;expression le laisse penser ?<\/p>\n<p>Au fil des ans, Werner Kohlberg a constitu\u00e9 une impressionnante collection de photos du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle qui montrent un Paris de carte postale tr\u00e8s diff\u00e9rent \u00e0 Paris, du quotidien des petits commerces \u00e0 Paris, des visages anonymes mais incroyablement expressifs, de la marchande ambulante aux petits grouillant, en passant par un digne propri\u00e9taire de magasin accompagn\u00e9 de son imposante \u00e9pouse.<\/p>\n<p>Enfin, la gloire a fait le par hasard par la famille.<\/p>\n<p>Au tournant du XXe si\u00e8cle, les co\u00fbts de production ont tellement baiss\u00e9 gr\u00e2ce au progr\u00e8s technique que n&#8217;importe qui peut se faire photographier pour quelques centimes. Les photographes peuvent d\u00e8s lors \u00e9largir leurs horizons et c&#8217;est ainsi que s&#8217;\u00e9panouit la photographie de rue repr\u00e9sentant les commer\u00e7ants devant leurs devantures. Les photos de la collection Albert Hilberg ont \u00e9t\u00e9 prises par des photographes itin\u00e9rants qui se sont lanc\u00e9s dans ce nouveau m\u00e9dium devenu plus accessible.<\/p>\n<p>Il photographiait des devantures de magasins et leur fier propri\u00e9taire et gagner leur vie en vendant leurs photos sous forme de simples cartes postales.<\/p>\n<p>L&#8217;historien de l&#8217;art Andr\u00e9 Jammes habite pour ainsi dire dans l&#8217;une de ses cartes postales, cette librairie de livres anciens qu&#8217;il a h\u00e9rit\u00e9 de son p\u00e8re. Sa fa\u00e7ade n&#8217;a gu\u00e8re chang\u00e9 depuis sa fondation en 1925 \u00e0 Saint-Germain-des-Pr\u00e9s. Andr\u00e9 Jammes est lui-m\u00eame un grand collectionneur sp\u00e9cialiste de l&#8217;histoire de la photographie.<\/p>\n<p>C&#8217;est \u00e0 dire si tu es un extraordinaire r\u00e9pertoire de la vie quotidienne \u00e0 la fin du 19e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>La carte photo \u00e9tait la variante bon march\u00e9 de la carte postale avec des tirages inf\u00e9rieurs \u00e0 10 exemplaires. Une douzaine de cartes postales valait 40 centimes et le caf\u00e9 \u00e9tait \u00e0 10 centimes. Pour un ouvrier gagnant entre 10 et 20 francs par jour, prendre un caf\u00e9 ou une bi\u00e8re le soir reste une d\u00e9pense non n\u00e9gligeable. Pourtant, les terrasses de caf\u00e9 sont pleines. Pour certains, l&#8217;alcool remplace parfois le repas. L&#8217;ap\u00e9ritif le plus populaire et le moins on\u00e9reux et la f\u00e9e verte, l&#8217;absinthe, soup\u00e7onn\u00e9e de rendre fous ceux qui en abusent. La consommation de vin est d&#8217;environ 1 litre par jour. Ce n&#8217;est pas par hasard si le bistrot qui donne son titre \u00e0 l&#8217;un des romans de Zola s&#8217;appelle L&#8217;Assommoir.<\/p>\n<p>Le restaurant de l&#8217;Op\u00e9ra est un \u00e9tablissement tr\u00e8s distingu\u00e9 qui refl\u00e8te non seulement la fa\u00e7ade d&#8217;en face, mais aussi le cr\u00e2ne d\u00e9garni des gar\u00e7ons dont le n\u0153ud papillon semblait vouloir imiter la moustache. A l&#8217;assurance de la pose ou col bien amidonn\u00e9 et au gilet boutonn\u00e9 jusqu&#8217;en haut, on reconna\u00eet le patron et son fils. La fille de celui-ci se montre d\u00e9j\u00e0 assez possessive. L&#8217;un des hommes en tablier blanc a envoy\u00e9 cette carte \u00e0 ses parents en Bretagne. Au dos, on peut lire.<\/p>\n<p>Chers parents, je vous envoie ma photographie en gar\u00e7on de caf\u00e9.<br \/>\nVotre fils qui vous embrasse bien fort.<br \/>\nFran\u00e7ois.<\/p>\n<p>Maxim\u2019s est devenu en fait d&#8217;un endroit o\u00f9 les cochers venaient s&#8217;encanailler avec les cocottes et s&#8217;amusaient dans les \u00e9tages en fait. Apr\u00e8s avoir pris un verre, l&#8217;aristocratie a commenc\u00e9 \u00e0 venir s&#8217;amuser, en fait. Dans ce lieu, les gens sur cette photo, c&#8217;est le gar\u00e7on de caf\u00e9 typique de l&#8217;\u00e9poque, on voit l&#8217;\u00e9l\u00e9gance des gens. En fait, je trouve des gens \u00e0 l&#8217;\u00e9poque avec le n\u0153ud papillon, le service qu&#8217;ils n&#8217;ont pas, le tablier blanc, mais ils ont le frac, le pantalon, le pantalon noir, le n\u0153ud papillon, le gilet. Et je trouve que Maxim\u2019s, c&#8217;est vrai, \u00e7a devait \u00eatre un caf\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9poque. Tellement joyeux et tellement festif, les jeunes.<\/p>\n<p>Le m\u00e9tier de serveur donne lieu, comme tant d&#8217;autres \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, \u00e0 un concours. Une fois par an, le 14 juillet, on peut voir les gar\u00e7ons de caf\u00e9 tenant un plateau avec verres et bouteilles se lancer dans une course sur les boulevards, encourag\u00e9s par un public nombreux. Courir n&#8217;est toutefois pas autoris\u00e9. Il faut marcher le plus vite possible et arriver sans rien renverser, bien entendu.<\/p>\n<p>Les toutes premi\u00e8res automobiles p\u00e9tarade \u00e0 travers la capitale d\u00e8s la fin du 19e si\u00e8cle, mais ce n&#8217;est qu&#8217;au d\u00e9but du 20\u00e8me que l&#8217;automobile commence \u00e0 faire partie du paysage urbain. Le monstre motoris\u00e9 s&#8217;est laiss\u00e9 domestiquer. On ne le regarde plus d&#8217;un \u0153il anxieux ou m\u00e9fiant.<\/p>\n<p>Les bruits de la rue ont chang\u00e9. Hommes et b\u00eates sont certes toujours assez bruyants, mais \u00e0 leur brouhaha s&#8217;ajoutent d\u00e9sormais de plus en plus souvent celui des moteurs, qui ne s&#8217;appelle pas moteur \u00e0 explosion pour rien. M\u00eame lorsque c&#8217;est une femme qui tient le volant, \u00e0 moins que cette dame \u00e0 chapeau blanc ne r\u00e8gne sur ce monstre poussi\u00e9reux que le temps de la photo. Elle pourrait bien \u00eatre l&#8217;\u00e9pouse d&#8217;un patron d&#8217;usine ou d&#8217;un sous-pr\u00e9fet. Une descendante de Madame Bovary rattrap\u00e9e par le progr\u00e8s, son regard r\u00eaveur se perd dans le vague tandis que sa petite fille regarde fixement l&#8217;objectif.<\/p>\n<p>Un accessoire important de l&#8217;automobile le klaxonne. La circulation sur les Grands Boulevards a beau \u00eatre assez dense, d\u00e9j\u00e0 en ce d\u00e9but de si\u00e8cle, de large partie de la ville demeure r\u00e9serv\u00e9e aux pi\u00e9tons et donc \u00e0 des gens qui ne s&#8217;attendent pas \u00e0 voir foncer sur eux, un v\u00e9hicule motoris\u00e9. Avec le nombre d&#8217;automobiles, les accidents se multiplient et c&#8217;est encore une automobile qui vient vous secourir quand apparaissent les premi\u00e8res ambulances motoris\u00e9es. Enfin, si vous pouvez vous l&#8217;offrir \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, seuls les malades et les accident\u00e9s les plus fortun\u00e9s ont la chance d&#8217;\u00eatre allong\u00e9s sur des coussins douillets pour \u00eatre conduits \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital par le chauffeur en uniforme d&#8217;une ambulance m\u00e9tropolitaine.<\/p>\n<p>En tr\u00e8s peu de temps, la bicyclette devient non seulement un moyen de locomotion tr\u00e8s r\u00e9pandu, mais aussi une occasion de pratiquer un loisir sportif. Des magasins et garages \u00e0 v\u00e9los surgissent \u00e0 tous les coins de rue. Devant le magasin Ardon, \u00e0 cause \u00e0 l&#8217;embouchure de la Garonne, se pr\u00e9pare une course de v\u00e9lo depuis le caf\u00e9 en bas. Tous les regards sont tourn\u00e9s vers le photographe qui s&#8217;est install\u00e9 sur un balcon pour immortaliser cette petite foule avant qu&#8217;elle ne se mette en mouvement. Le gagnant sera-t-il cet homme dont la poitrine est orn\u00e9e d&#8217;un tr\u00e8fle \u00e0 quatre feuilles?<\/p>\n<p>Voil\u00e0 donc, il y a, en m\u00eame temps que cette photographie de commerce, une photographie d&#8217;entreprise o\u00f9 on voit les m\u00eames sc\u00e9nographies, des portraits de groupe avec les employ\u00e9s et les ouvriers, mais dans un cadre qui est celui d&#8217;une usine ou d&#8217;un chantier. On a vraiment cette nouvelle id\u00e9e qui n&#8217;existait pas au 19\u00e8me si\u00e8cle, que l&#8217;univers du travail peut devenir un sujet iconographique. Donc \u00e7a, c&#8217;est tout \u00e0 fait nouveau.<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois, de simples ouvriers, des artisans, des cordonniers ou des milliers sont pris en photo dans leur environnement quelquefois mis\u00e9rable. Qu&#8217;ils puissent \u00eatre l&#8217;objet d&#8217;une photographie, les fait monter dans leur propre estime et leur donne une assurance nouvelle perceptible sur de nombreux clich\u00e9s.<\/p>\n<p>La devanture, c&#8217;est le cadre, mais les personnes ont tout autant d&#8217;importance. C&#8217;est vraiment de la relation entre les deux qu&#8217;il s&#8217;agit, parce que ces gens travaillent l\u00e0. O\u00f9 sont les propri\u00e9taires du commerce ? Les patrons et employ\u00e9s forment une sorte de grande famille \u00e9largie.<\/p>\n<p>En France, c&#8217;\u00e9tait comme une carte de visite. Les commer\u00e7ants \u00e9taient fiers de leurs magasins, alors ils se faisaient photographier devant avec le chien, le voisin et dans leur plus belle tenue, les robes de ces dames \u00e9taient d\u00e9licatement repass\u00e9es. Et voil\u00e0 le peintre avec ses ustensiles. Les employ\u00e9s Indiens ou S\u00e9n\u00e9galais de ce marchand de th\u00e9 pos\u00e9 eux aussi, ils se sentaient Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Les blanchisseuses se faisaient toujours photographier avec les manches retrouss\u00e9es. Ces gens avaient une extraordinaire conscience de soi et le montraient. On faisait un usage d&#8217;autant plus important de linge propre qu&#8217;on ne se laver pas souvent de la t\u00eate aux pieds. \u00c0 Ermont, au nord de Paris, les blanchisseuses passaient chaque journ\u00e9e de la semaine agenouill\u00e9s devant le lavoir. C&#8217;est \u00e0 leur main qu&#8217;on les reconna\u00eet, apr\u00e8s avoir pass\u00e9 des ann\u00e9es \u00e0 frotter les tissus avec des produits d\u00e9tergents, elles auraient \u00e9t\u00e9 bien en peine de passer pour des bourgeoises, m\u00eame avec la plus belle des robes en soie et la meilleure des manucures.<\/p>\n<p>Les deux femmes corset\u00e9es pourraient bien \u00eatre la patronne et sa belle-fille. Avec la taille sangl\u00e9e de la sorte, il est peu probable qu&#8217;elles aient pu se pencher \u00e0 longueur de journ\u00e9e sur la voir. La blanchisseuse au centre de la photo para\u00eet \u00e2g\u00e9e et pourtant, elle n&#8217;a sans doute pas plus d&#8217;une cinquantaine d&#8217;ann\u00e9es. A la vue de ce corps marqu\u00e9 par le labeur, on peut s&#8217;interroger sur l&#8217;expression la belle \u00e9poque.<\/p>\n<p>Quand il fait beau, les couturi\u00e8res travaillent dans la cour, \u00e0 moins qu&#8217;elles ne soient sorties sp\u00e9cialement pour la photo. Les deux chapeli\u00e8res \u00e0 l&#8217;arri\u00e8re-plan sont occup\u00e9s \u00e0 fabriquer patiemment une \u0153uvre d&#8217;art \u00e0 plusieurs \u00e9tages.<\/p>\n<p>Elles font penser au personnage de Madame la mort, chant\u00e9e par Rilke.<\/p>\n<p>Une modiste qui enroule et tord rubans sans fin les routes sans r\u00e9pit de la Terre, invente \u00e0 partir d&#8217;elle le rucher Coquart n\u0153uds, fleurs et fruits artificiels.<\/p>\n<p>Une autre image qui est vraiment caract\u00e9ristique de la fin du 19e si\u00e8cle, c&#8217;est la maison bourgeoise \u00e0 fr\u00e8re fabrique de fleurs. C&#8217;\u00e9tait une grande industrie que la fleur artificielle au 19e si\u00e8cle et toutes ces jeunes femmes, toutes ces jeunes filles qui sont au premier plan. Ce sont ces petites midinettes qui ont \u00e9t\u00e9 grav\u00e9es ou peintes par elles, par Boldini, par Stellen et qui sont l\u00e0 au premier plan.<\/p>\n<p>Et sur le c\u00f4t\u00e9, on voit deux hommes qui sont en train de regarder des papiers l\u00e0, qui regardent par-dessus l&#8217;\u00e9paule de l&#8217;autre. Et c&#8217;est une deuxi\u00e8me boutique cach\u00e9e qui s&#8217;appelle Office Central des recherches et diligence, ce sont des gens qui font de l&#8217;espionnage et de la filature et jouent le personnage, leurs personnages. Ce sont donc deux boutiques qui sont repr\u00e9sent\u00e9es.<\/p>\n<p>Et contrairement \u00e0 beaucoup d&#8217;autres images de la collection, beaucoup vergue. Si on regarde le visage de toutes ces femmes, il y en a au moins la moiti\u00e9 qui sont ravissantes. Ce qui est une exception dans le genre, la collection Kohlberg.<\/p>\n<p>Tandis que les femmes du peuple ont pour habitude de ramener simplement leurs cheveux en chignon au-dessus de leur t\u00eate, le coiffeur pour dames \u00e9labore des coiffures extravagantes \u00e0 l&#8217;aide de postiches. Il vend \u00e9galement toutes sortes d&#8217;accessoires et de perruques sans lesquelles, en ce d\u00e9but de si\u00e8cle, une femme du monde ne serait pas sortie de chez elle. Il propose par ailleurs des lotions, des brosses, des massages \u00e9lectriques ainsi que des manucures.<\/p>\n<p>Dans la mode enfantine, les diff\u00e9rences de classe ne sont pas moins marqu\u00e9es que chez les adultes. Chapeaux sophistiqu\u00e9s, robe \u00e0 dentelle et gants blancs prouvent assez clairement que les petites \u00e9l\u00e8ves de l&#8217;\u00c9cole catholique de la Compassion, rue Saint Simon, viennent de familles ais\u00e9es. La gerbe de fleurs indique un jour f\u00e9ri\u00e9, la Pentec\u00f4te peut \u00eatre. Au fond, \u00e0 droite s&#8217;estompe une silhouette de bonnes s\u0153urs.<\/p>\n<p>Depuis Jules Ferry, depuis la fin du 19e si\u00e8cle, l&#8217;enseignement est obligatoire pour les gar\u00e7ons et les filles \u00e0 partir de 6 ans. Cet enseignement se doit d&#8217;\u00eatre la\u00efque. L&#8217;instruction religieuse est dispens\u00e9e le jeudi, journ\u00e9e lib\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Tandis que l&#8217;aristocratie se permet quelques extravagances vestimentaires, la mode bourgeoise tend plut\u00f4t vers la correction et la dignit\u00e9. L&#8217;habillement est un moyen de se diff\u00e9rencier du peuple, y compris pour les petits commer\u00e7ants et les employ\u00e9s. Rue Clapeyron, Monsieur et Madame Du Thiers proposent un travail de tailleur soign\u00e9, et des costumes pour hommes aux coupes \u00e9l\u00e9gantes. Non seulement les habits, mais toute la personne doive ressortir de cette boutique sensiblement raffermie. Sur ce clich\u00e9, l&#8217;\u00e9duquer se tiennent devant leur boutique, raides comme des figurines d&#8217;une horloge de beffroi. On s&#8217;attendrait presque \u00e0 ce qu&#8217;il se mette en branle avec des mouvements saccad\u00e9s d&#8217;automates. Le col de monsieur est tellement amidonn\u00e9 qu&#8217;il donne \u00e0 son cou l&#8217;allure d&#8217;un tuyau aussi large que sa t\u00eate qu&#8217;il semble ainsi maintenir en place. La rigidit\u00e9 est d&#8217;ailleurs l&#8217;un des id\u00e9aux aujourd&#8217;hui disparu de la mode bourgeoise masculine. Il y a plus d&#8217;un si\u00e8cle, le streetwear et le look casual ou d\u00e9contract\u00e9 sont encore inimaginables.<\/p>\n<p>Le po\u00e8te Mallarm\u00e9 se moque du symbole du bourgeois par excellence, le chapeau haut de forme auquel il attribue quelque chose de sombre et de surnaturel, selon ses propres mots. Il y voit un signe, qui sait solennel, d&#8217;une sup\u00e9riorit\u00e9 et pour ce motif, une institution stable.<\/p>\n<p>Paris et jusqu&#8217;\u00e0 nos jours, l&#8217;une des villes europ\u00e9ennes qui compte le plus de petits commerces. Chaque quartier a plusieurs boulangeries, au moins une boucherie, un fromager, un caviste et un imprimeur. De fa\u00e7on myst\u00e9rieuse, le produit propos\u00e9 \u00e0 la vente semble d\u00e9teindre sur l&#8217;apparence des marchands. Ainsi, les cr\u00e9miers finissent par avoir une apparence laiteuse.<\/p>\n<p>Au teint clair de la patronne r\u00e9pond le tablier blanc amidonn\u00e9 fra\u00eechement repass\u00e9 comme dans un tableau de Vermeire.<\/p>\n<p>Le patron semble lui aussi avoir fait quelques efforts d&#8217;assimilation qui ont d\u00fb passer par une belle consommation de cr\u00e8me. Et comme les enfants \u00e9taient bien \u00e9lev\u00e9s autrefois d&#8217;ailleurs, m\u00eame les fruits et l\u00e9gumes semblent sages comme des images dans cette boutique.<\/p>\n<p>Ce marchand de poisson parisien est aussi fier de son \u00e9norme thon que s&#8217;il venait de le p\u00e9ch\u00e9 de ses propres mains.<\/p>\n<p>Meilleurs v\u0153ux pour la nouvelle ann\u00e9e, \u00e9crit-il \u00e0 un ami.<\/p>\n<p>Je vous envoie la photo d&#8217;un ton que j&#8217;ai vendu en septembre.<\/p>\n<p>Vous remarquerez ce monstre marin, le plus gros vendu jusqu&#8217;\u00e0 ce jour.<\/p>\n<p>Au Moyen \u00c2ge, le m\u00e9tier de boucher inspir\u00e9 \u00e0 la fois de la crainte et du d\u00e9go\u00fbt. Pendant longtemps, les bouchers passent pour \u00eatre cruels, pillards et souvent. C&#8217;est seulement au bout de plusieurs si\u00e8cles d&#8217;efforts qu&#8217;ils parviennent \u00e0 se faire une r\u00e9putation honorable. Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, ceux des grandes villes ne s&#8217;occupaient d\u00e9j\u00e0 plus eux-m\u00eames de l&#8217;abattage. \u00c0 Paris, ce travail est rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, aux grands abattoirs de la Villette. Le tablier du boucher cesse d&#8217;\u00eatre tach\u00e9 de sang. Le propri\u00e9taire d&#8217;une belle boucherie se transforme en fier bourgeois, tandis que l&#8217;abattage se pratique de plus en plus \u00e0 l&#8217;abri des regards. Pourtant, sur les photos, les amateurs de bestiaux montrent eux aussi une certaine conscience de leur valeur en exhibant leurs outils et leurs bras muscl\u00e9s.<\/p>\n<p>Qu&#8217;est-ce que nous avons ici? Une tr\u00e8s belle boucherie, \u00e7a Mr Bouchard laisse des traces. Gr\u00e2ce \u00e0 la qualit\u00e9 de sa viande, la famille vient de gagner le deuxi\u00e8me prix d&#8217;un concours r\u00e9gional. Cet animal a la queue en ruban\u00e9 a sans doute \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 au concours, mais Ventana, de la robe de ses b\u0153ufs et ses nuances sont magnifiquement rendues.<\/p>\n<p>La Boucherie du Four, \u00e0 Paris, non loin de l&#8217;\u00e9l\u00e9gant quartier de la Madeleine, est incontestablement un \u00e9tablissement fort distingu\u00e9. Peut-\u00eatre M. Dufour a-t-il fourni par le pass\u00e9 la famille Proust, qui a v\u00e9cu dans le voisinage jusqu&#8217;en 1900. Dans \u00ab \u00c0 la recherche du temps perdu \u00bb, Proust \u00e9crit. \u00ab C&#8217;est l&#8217;enchantement des vieux quartiers aristocratiques d&#8217;\u00eatre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cela populaire.<\/p>\n<p>Le ma\u00eetre Boucher n&#8217;est pas peu fier de son m\u00e9tier. Il prend une pose de torero comme si, avant d&#8217;en vendre la chair, il devait d&#8217;abord affronter le taureau. Gigot d&#8217;agneau et filet de b\u0153uf sont \u00e9galement livr\u00e9s \u00e0 domicile. De diligents livreurs sont pr\u00eats \u00e0 enfourcher leur v\u00e9lo et \u00e0 se frayer un chemin \u00e0 grands coups de sonnettes.<\/p>\n<p>Toutes les photos sont toujours bien \u00e9clair\u00e9es et donc en permanence, \u00e7a a \u00e9t\u00e9. Ce n&#8217;est pas fait comme \u00e7a au d\u00e9bott\u00e9 en 5 minutes, c&#8217;est tr\u00e8s pr\u00e9par\u00e9, c&#8217;est contr\u00f4l\u00e9. Il faut les penser plut\u00f4t comme des tournages de films et ou l\u00e0, il y a une partie des gens qui sont bloqu\u00e9s toute une apr\u00e8s-midi pour faire plusieurs photos. Apr\u00e8s, on choisit la meilleure, etc. Donc c&#8217;est tout. C&#8217;est toute une affaire.<\/p>\n<p>En France, le pain a toujours \u00e9t\u00e9 un objet hautement politique. En 1791, dans les grandes ann\u00e9es de la R\u00e9volution marqu\u00e9e par la famine, on d\u00e9cide que le prix du pain sera d\u00e9sormais fix\u00e9 par la loi et \u00e0 l&#8217;exception d&#8217;une br\u00e8ve interruption, il en est rest\u00e9 ainsi jusqu&#8217;en 1987. Comme on peut le voir sur les photos, le boulanger est conscient de son r\u00f4le essentiel. C&#8217;est lui qui fournit l&#8217;aliment de base de la population. Par ailleurs, il t\u00e2che de remplir ses caisses en proposant toutes sortes de p\u00e2tisseries et de pains sp\u00e9ciaux. Les tabliers des boulangers ont une coupe particuli\u00e8re. Une fois la longue pointe de tissu d\u00e9tach\u00e9 de la ceinture, le tablier devient un sac en toile qui peut contenir quantit\u00e9 de pain. Le pain le plus long n&#8217;est gu\u00e8re plus petit que la femme qui le pr\u00e9sente fi\u00e8rement au photographe. Les mitrons, eux, affichent surtout leur bras rendu vigoureux \u00e0 force de p\u00e9trir jour apr\u00e8s jour d&#8217;\u00e9normes quantit\u00e9s de p\u00e2te \u00e0 pain.<\/p>\n<p>La photo faisait bien le caract\u00e8re de la personne. Non seulement on n&#8217;a pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 lui chercher des noises \u00e0 cette femme interrompu dans son travail de livraison de pain. Elle a l&#8217;air de dire Allez qu&#8217;on en finisse puisque vous venez m&#8217;emb\u00eater, allons y. Pas de chance, car elle a du caract\u00e8re s\u00e9rieux. C&#8217;est une personnalit\u00e9 forte et s\u00e9rieuse, qui demeurera malheureusement anonyme. Presque aucune des personnes repr\u00e9sent\u00e9es sur ces photos n&#8217;a pu \u00eatre identifi\u00e9e. Nous ne connaissons que le nom des commerces et la date approximative.<\/p>\n<p>Beaucoup de denr\u00e9es que nous achetons aujourd&#8217;hui, conditionn\u00e9s et pr\u00eates \u00e0 la consommation, devaient \u00e0 l&#8217;\u00e9poque \u00eatre transform\u00e9es \u00e0 domicile ; moulu, par exemple. Aussi, le nombre d&#8217;accessoires m\u00e9nagers \u00e9tait-il consid\u00e9rable, de m\u00eame que les quincailleries.<\/p>\n<p>Au milieu de tous ces accessoires, on pouvait \u00e0 l&#8217;occasion trouver des couronnes mortuaires dans la fabrication de ces couronnes \u00e9tait non seulement un art en soi, mais elle avait donn\u00e9 naissance \u00e0 toute une branche de commerce. Les couronnes mortuaires en perles de verre jouissaient d&#8217;une grande popularit\u00e9. Chacun de ces ornements fun\u00e9raires fort sophistiqu\u00e9s exigeait des milliers de perles de verre enfil\u00e9s sur du fil de fer de loin et vu d&#8217;aujourd&#8217;hui. Ils \u00e9voquent des napperons en dentelle. Lors d&#8217;un enterrement, mais aussi \u00e0 la Toussaint et les jours de comm\u00e9morations militaires, ces couronnes \u00e9taient port\u00e9es \u00e0 travers les rues, puis d\u00e9pos\u00e9es sur une tombe ou devant un monument. Leur fabrication exigeait tout un savoir-faire qui a enti\u00e8rement disparu aujourd&#8217;hui. Cela demandait non seulement une grande habilet\u00e9, mais aussi la dignit\u00e9. D&#8217;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, on prenait la dignit\u00e9 tr\u00e8s \u00e0 c\u0153ur dans la profession. Cela commen\u00e7ait bien entendu par la tenue vestimentaire. Il fallait des habits noirs pour lesquels cette \u00e9l\u00e9gante boutique fournissait les tissus. Avec ces cinq femmes portent visiblement leurs marchandises sur elles et affichent la mine grave qui va avec, telle que nous la voyons fi\u00e8rement camp\u00e9 au-dessus de ses employ\u00e9s sur le seuil du magasin. La patronne aurait \u00e9t\u00e9 tout aussi cr\u00e9dible dans le r\u00f4le de la reine Victoria. Elle regarde l&#8217;objectif avec condescendance et nous pouvons supposer qu&#8217;elle r\u00e9gnait plut\u00f4t s\u00e9v\u00e8rement sur ses sujets. Cette sombre boutique s&#8217;appelait \u00e0 la Couronne d&#8217;immortels et, curieusement, \u00e9tait situ\u00e9e boulevard de Bonne Nouvelle.<\/p>\n<p>Des nouveaux aspects de la modernit\u00e9 font leur apparition sur ces cartes photo. Voici une de mes photos pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es. Elle montre une agence de publicit\u00e9. Cet homme a invent\u00e9 un nouveau proc\u00e9d\u00e9 qui permet de transformer les trottoirs en supports publicitaires. C&#8217;est tr\u00e8s dr\u00f4le et graphiquement impressionnant.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 une invention am\u00e9ricaine, les vitrines se sont subitement agrandies. Mais demain, il y en aura-t-il encore? Une part de civilisation dispara\u00eetra avec elle, mais nous aurons autre chose \u00e0 la place. Les devantures deviennent inutiles puisque chacun en a d\u00e9sormais une petite sur son portable pour attacher \u00e0 des vitrines telles que nous les connaissions, il n&#8217;y en aura plus.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paris : Fl\u00e2ner \u00e0 travers la Belle \u00c9poque La Belle \u00c9poque. 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