{"id":1441,"date":"2020-11-18T17:56:42","date_gmt":"2020-11-18T17:56:42","guid":{"rendered":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/?p=1441"},"modified":"2021-10-06T18:48:43","modified_gmt":"2021-10-06T17:48:43","slug":"1492-un-nouveau-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/2020\/11\/18\/1492-un-nouveau-monde\/","title":{"rendered":"1492 : un nouveau monde"},"content":{"rendered":"<p>https:\/\/www.arte.tv\/fr\/videos\/069117-001-A\/quand-l-histoire-fait-dates\/<\/p>\n<p><a title=\"HappyScribe.com\" href=\"https:\/\/www.happyscribe.com\/transcriptions\/3fa2ebd7357d4dcc82d647446eb331d2\/edit_v2\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/www.happyscribe.com\/transcriptions\/3fa2ebd7357d4dcc82d647446eb331d2\/edit_v2<\/a><\/p>\n<p><iframe style=\"transition-duration: 0; transition-property: no; margin: 0 auto; position: relative; display: block; background-color: #000000;\" src=\"https:\/\/www.arte.tv\/player\/v5\/index.php?json_url=https%3A%2F%2Fapi.arte.tv%2Fapi%2Fplayer%2Fv2%2Fconfig%2Ffr%2F069117-001-A&amp;lang=fr&amp;autoplay=true&amp;mute=0\" width=\"720\" height=\"406\" frameborder=\"0\" scrolling=\"no\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><span data-mce-type=\"bookmark\" style=\"display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;\" class=\"mce_SELRES_start\">\ufeff<\/span><\/iframe><\/p>\n[00:00:34.320 &#8211; Patrick Boucheron]\nJe ne sais pas ce que c&#8217;est, une date importante ce que je sais, c&#8217;est que la m\u00e9moire, peut on faire? On rentre pas dans l&#8217;histoire comme \u00e7a avec nos gros sabots. On n&#8217;ignore justement au filtre de la m\u00e9moire de cet \u00e9v\u00e9nement et c&#8217;est pourquoi on ne peut pas dire, bon, bien, voil\u00e0, on va parler de 1492 comme si on en avait &#8230; on entendait parler pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n[00:01:00.060 &#8211; Patrick Boucheron]\nChristophe Colomb, c&#8217;est un souvenir d&#8217;enfance et par rapport \u00e0 ce souvenir d&#8217;enfance? L&#8217;histoire p\u00e8se peu. Ce n&#8217;est pas parce que un historien va vous dire \u00e7a ne s&#8217;est pas pass\u00e9 comme \u00e7a que vous allez le croire, parce que c&#8217;est charg\u00e9 d&#8217;enfance, parce que c&#8217;est charg\u00e9 d&#8217;\u00e9motion, de passion. Il faut prendre tout \u00e7a en compte.  Lorsqu&#8217;on dit 1492.<\/p>\n[00:01:39.280 &#8211; Voix]\nWe&#8217;ll call this &#8230; the king and queen of Spain.<\/p>\n[00:01:42.930 &#8211; Patrick Boucheron]\nC&#8217;est cela, dans notre m\u00e9moire collective, la d\u00e9couverte de l&#8217;Am\u00e9rique, un \u00e9v\u00e9nement qui prend les couleurs de l&#8217;enfance. Mais l&#8217;ann\u00e9e 1492, elle, a une \u00e9paisseur, une densit\u00e9, une complexit\u00e9 qu&#8217;il nous faut \u00e0 pr\u00e9sent explorer. L&#8217;histoire que l&#8217;on a racont\u00e9 commence par un pied. Un pied pos\u00e9 sur une plage. Mais un pied bien particulier puisqu&#8217;il appartient \u00e0 un navigateur G\u00e9nois nomm\u00e9 Christophe Colomb. Ce pied foule une terre inconnue, m\u00eame si le d\u00e9couvreur ne le sait pas encore.<\/p>\n[00:02:31.270 &#8211; Patrick Boucheron]\nInconnu de qui? Des Europ\u00e9ens, bien entendu, ce qui ne nous autorise pas \u00e0 parler de d\u00e9couverte de l&#8217;Am\u00e9rique, mais seulement de rencontre entre deux mondes qui s&#8217;ignoraient mutuellement. Alors, le 12 octobre 1492, est ce que c&#8217;est \u00e7a l&#8217;\u00e9v\u00e9nement de l&#8217;ann\u00e9e? Christophe Colomb qui pose le pied sur une plage? Je ne crois pas. D&#8217;abord, il faut se souvenir que l&#8217;\u00e9v\u00e8nement retentissant de cette ann\u00e9e monde, c&#8217;est le 2 janvier. Le 2 janvier, la prise de Grenade o\u00f9  Isabelle de Castille et Ferdinand d&#8217;Aragon, ce qu&#8217;on appelle les rois catholiques, mettent la main sur le dernier r\u00e9duit Musulman en p\u00e9ninsule Ib\u00e9rique, qui est \u00e9videmment une nouvelle extraordinaire pour le monde, comme va avoir aussi un impact retentissant leur d\u00e9cision du 31 mars d&#8217;expulser les Juifs. Et le 12 octobre, c&#8217;est au fond la troisi\u00e8me date de cet \u00e9v\u00e8nement monde qui&#8217;est l&#8217;ann\u00e9e 1492. Et c&#8217;est dans l&#8217;effet de souffle de ces deux dates pr\u00e9c\u00e9dentes que doit \u00eatre compris le voyage de Christophe Colomb. Cette ann\u00e9e l\u00e0, Jorge de Aguiar dessine cette carte qui repr\u00e9sente le monde connu au 15\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n[00:03:53.600 &#8211; Patrick Boucheron]\nConnaissance frauleuse, en r\u00e9alit\u00e9, qui ne se montre pr\u00e9cise qu&#8217;\u00e0 l&#8217;abord du liseret co^tier \u00e0 la mani\u00e8re des portulans dont se servaient les pilotes des navires. Seules quelques villes ib\u00e9riques sont repr\u00e9sent\u00e9es Lisbonne, S\u00e9ville et Grenade, o\u00f9 tout se joue cette ann\u00e9e l\u00e0. Mais la ville est flanqu\u00e9e d&#8217;une autre plus petite, fond\u00e9e par les Rois catholiques pour l&#8217;assi\u00e9ger. On construisit donc cette ville neuve comme un d\u00e9fi face \u00e0 Grenade, sur le mod\u00e8le d&#8217;un camp militaire Romain son nom Santa F\u00e9.<\/p>\n[00:04:32.530 &#8211; Patrick Boucheron]\nFace \u00e0 l&#8217;entrelacs de ruelles de la ville arabe, la cit\u00e9 o\u00f9 Cordoue qu&#8217;ils assi\u00e8gent et l&#8217;ordonnent raide et droite, rue coupantes, c&#8217;est une autre vision de l&#8217;ordre du monde. C&#8217;est \u00e0 dire aussi de la mani\u00e8re de gouverner les hommes. Or, c&#8217;est elle qui s&#8217;appliquera bient\u00f4t au nouveau monde.  Le conquistador y imposera partout ce mod\u00e8le d&#8217;une ville orthonorm\u00e9e et en m\u00eame temps que cette forme g\u00e9om\u00e9trique. Le nom qu&#8217;il a consacr\u00e9 Santa F\u00e9, la sainte foi, proclamations de gloire. Au Nouveau Mexique, en Argentine, en Colombie, dont la capitale actuelle, Bogota, est fond\u00e9e comme Santa F\u00e9 de Bogota.  Partout des Santa F\u00e9.<\/p>\n[00:05:55.960 &#8211; Patrick Boucheron]\nCelui d&#8217;avant d&#8217;Am\u00e9rique, on le d\u00e9crit depuis l&#8217;antiquit\u00e9 comme un monde fini, form\u00e9 de trois parties connect\u00e9es entre elles et entour\u00e9es de mers. Les mappemondes m\u00e9di\u00e9vales le repr\u00e9sentent, tel que marchands et voyageurs le parcours. Mais tel aussi qu&#8217;ils le r\u00eavent. C&#8217;est le cas de Marco Polo et de toute cette litt\u00e9rature des merveilles du monde que Christophe Colomb a lu avec passion.<\/p>\n[00:05:56.160 &#8211; Voix]\nThen one day, &#8230;<\/p>\n[00:06:22.270 &#8211; Patrick Boucheron]\nCette image, en revanche, est bien le fruit de notre imagination contemporaine. Car contrairement \u00e0 une l\u00e9gende tenace, ce n&#8217;est pas Christophe Colomb qui a prouv\u00e9 la sph\u00e9ricit\u00e9 de la Terre \u00e0 des savants m\u00e9di\u00e9vaux, s&#8217;obstinant \u00e0 la croire platte. J&#8217;ai toujours lu que le monde, terre et eau, \u00e9tait sph\u00e9rique, \u00e9crit Christophe Colomb dans son journal de bord. Mais c&#8217;est pour ajouter ensuite. Maintenant, j&#8217;ai d\u00e9couvert qu&#8217;il n&#8217;\u00e9tait pas rond, mais de la forme d&#8217;une poire. Ou bien comme une balle toute ronde sur laquelle serait plac\u00e9e comme un t\u00e9ton de femme.<\/p>\n[00:07:01.520 &#8211; Patrick Boucheron]\nEt son t\u00e9ton serait la plus haute montagne et la plus proche du ciel. \u00c9trange d\u00e9couvreur dont les observations l&#8217;\u00e9loigne du r\u00e9el pour le rapprocher de son propre r\u00eave. Plus sagement, le g\u00e9ographe Martine Bena\u00efm nomme &#8220;pomme&#8221; le globe qu&#8217;il ach\u00e8ve le 17 juin de cette m\u00eame ann\u00e9e 1492 \u00e0 Nuremberg. C&#8217;est le premier conserv\u00e9. On y voit notamment combien l&#8217;Atlantique para\u00eet \u00e9troit entre l&#8217;Europe et l&#8217;Asie. Depuis le cap vers les A\u00e7ores d&#8217;une part, jusqu&#8217;\u00e0 la masse de Zipangu.<\/p>\n[00:07:47.200 &#8211; Patrick Boucheron]\nD&#8217;autre part, Zipangu. C&#8217;est ainsi que Marco Polo avait d\u00e9sign\u00e9 l&#8217;archipel japonais. Martine Bena\u00efm a repr\u00e9sent\u00e9 un \u00e9parpille monde, petite ville issue du l\u00e9gendaire m\u00e9di\u00e9val. Vous voyez, c&#8217;est presque un gai, une invitation au voyage. Ce qu&#8217;on va apprendre \u00e0 l&#8217;\u00e9cole, c&#8217;est tr\u00e8s simple, c&#8217;est que 1492, c&#8217;est la d\u00e9couverte de l&#8217;Am\u00e9rique et en m\u00eame temps et du m\u00eame geste, l&#8217;av\u00e8nement de la modernit\u00e9. \u00c7a veut dire au fond qu&#8217;on passe, tout simplement, du Moyen \u00c2ge aux temps modernes et qu&#8217;on y passe \u00e0 l&#8217;aide d&#8217;une geste h\u00e9ro\u00efque, glorieuse qui a \u00e0 voir avec la rationalit\u00e9 occidentale.<\/p>\n[00:08:32.800 &#8211; Patrick Boucheron]\nMais alors, elle est \u00e0 quel prix cette modernit\u00e9? C&#8217;est bien la question. Quand on  prend l&#8217;\u00e9paisseur de l&#8217;ann\u00e9e 1492, en compte, c&#8217;est \u00e0 dire avec en m\u00eame temps le 2 janvier, le 31 mars et le 12 octobre. Dans la nuit du 1er au 2 janvier, la citadelle de l&#8217;Alhambra tombe enfin et avec elle Grenade, le dernier verrou de l&#8217;Espagne musulmane. Ces vainqueurs sont Ferdinand d&#8217;Aragon et Isabelle de Castille. Leur mariage, vingt ans plus t\u00f4t, a scell\u00e9 l&#8217;union des deux couronnes ib\u00e9riques.<\/p>\n[00:09:10.870 &#8211; Patrick Boucheron]\nC&#8217;est un prince qui se rend. L&#8217;\u00e9mir Abu Abd Allah Muhammad az-Zaghall, dit, l&#8217;infortun\u00e9, dont l&#8217;Occident se souviendra sous le nom de Boabdil.<\/p>\n[00:09:37.210 &#8211; Patrick Boucheron]\nOn pleurera longtemps en terre d&#8217;islam la splendeur des Andalousies perdues. Il est un col qui domine Grenade et que l&#8217;on nomme aujourd&#8217;hui le soupir du maure. De l\u00e0, Boabdil se serait retourn\u00e9 une derni\u00e8re fois sur ce qu&#8217;il avait perdu. Ce qu&#8217;il avait perdu un \u00c9tat, d&#8217;abord puissant et prosp\u00e8re. Un \u00c9tat fond\u00e9 sur l&#8217;hydraulique savante de sa culture irrigu\u00e9e.<\/p>\n[00:10:13.600 &#8211; Patrick Boucheron]\nUn \u00c9tat qui se mirait dans la splendeur fragile des jeux d&#8217;eau de l&#8217;Alhambra. Visitant en 1494 un voyageur allemand s&#8217;\u00e9merveille.  Tout est si magnifique, si majestueux, si d\u00e9licieusement travaill\u00e9 que celui qui le contemple peut se croire au paradis. Le paradis d\u00e9signant \u00e9galement le jardin dans la culture arabo-persane. Saisi par la beaut\u00e9 de la ville qu&#8217;il venait de conqu\u00e9rir, les rois catholiques souhait\u00e8rent la conserver comme un troph\u00e9e. Ainsi, la reconqu\u00eate r\u00e9alise-t-elle ce paradoxe de conserver presque en la fossilisant la seule ville palatiale de l&#8217;islam que l&#8217;on puisse admirer aujourd&#8217;hui dans son int\u00e9grit\u00e9. Elle l\u00e8gue \u00e0 l&#8217;imaginaire europ\u00e9en le r\u00eave oriental d&#8217;un temps qui s&#8217;\u00e9tait fig\u00e9.<\/p>\n[00:11:46.870 &#8211; Patrick Boucheron]\nMais avant cela, les Rois catholiques poursuivent avec ardeur leur qu\u00eate de la sainte foi. C&#8217;est \u00e0 Grenade qu&#8217;ils ont re\u00e7u la reddition de Boabdil. C&#8217;est encore \u00e0 Grenade qu&#8217;ils ordonnent l&#8217;expulsion des Juifs de leur royaume d&#8217;Aragon et de Castille. Il leur donne jusqu&#8217;au 2 ao\u00fbt pour choisir la conversion ou l&#8217;exil.<\/p>\n[00:12:12.910 &#8211; Patrick Boucheron]\nAlors, ce qu&#8217;il faut bien comprendre, c&#8217;est que bien s\u00fbr, avant 1492, il y a des expulsions, il y a des pogroms.  Il y a cette histoire longue, d\u00e9sesp\u00e9rante, en somme, de l&#8217;anti juda\u00efsme europ\u00e9en. Ce n&#8217;est pas la premi\u00e8re fois, d&#8217;accord, mais en m\u00eame temps, le d\u00e9cret d&#8217;expulsion des Juifs d&#8217;Espagne, c&#8217;est vraiment un coup de hache dans cette histoire deux fois mill\u00e9naire de la pr\u00e9sence du juda\u00efsme en Espagne. Parce que l\u00e0, pour le coup, ils doivent partir. Ils partent quelques semaines, quelques mois apr\u00e8s le d\u00e9cret du 31 mars. Ils fuient  vers o\u00f9, vers l&#8217;Italie, vers, Rome, mais c&#8217;est souvent une terre de transit vers l&#8217;empire Otoman.<\/p>\n[00:12:53.470 &#8211; Patrick Boucheron]\nIls commencent ce grand exil qu&#8217;on appelle la diaspora s\u00e9farade. Dans la chapelle royale de Grenade, les mausol\u00e9es des rois catholiques comptant le retable, qui mettent en images la prise de grenade et la conversion des juifs, car cette guerre est aussi une guerre d&#8217;images. Il s&#8217;agit de montrer imm\u00e9diatement ou mourir en direct qu&#8217;une nouvelle Espagne catholique est en train de na\u00eetre si l&#8217;on ne prend pas la mesure de cette fi\u00e8vre d&#8217;exaltation religieuse. On ne comprend pas pourquoi les rois catholiques se laiss\u00e8rent finalement convaincre par le projet du navigateur g\u00e9nois Christophe Colomb.<\/p>\n[00:13:40.190 &#8211; Patrick Boucheron]\nPendant tr\u00e8s longtemps, on s&#8217;est fait de Christophe Colomb l&#8217;id\u00e9e d&#8217;un navigateur intr\u00e9pide et calculateur. Un h\u00e9ros de la raison. Et aujourd&#8217;hui, on a presque tendance \u00e0 voir les choses \u00e0 l&#8217;envers, \u00e0 y voir un h\u00e9ros de la d\u00e9raison, d&#8217;une d\u00e9raison m\u00e9di\u00e9vale. Il a lui m\u00eame enfi\u00e9vr\u00e9 de mysticisme. Il attend la fin des temps. Il veut la pr\u00e9cipiter, m\u00eame peut \u00eatre. Il veut aller poursuivre la croisade par d&#8217;autres moyens. Il y a chez Christophe Colomb, bien s\u00fbr, qui cherche \u00e0 s&#8217;enrichir.<\/p>\n[00:14:15.920 &#8211; Patrick Boucheron]\n\u00c9videmment, il veut du pouvoir. Pourquoi pas d\u00e9couvrir des terres, mais aussi de mani\u00e8re ardente, cette volont\u00e9 de poursuivre plus loin et par d&#8217;autres moyens, l&#8217;effort chr\u00e9tien, d&#8217;\u00e9vang\u00e9lisation et de conqu\u00eate.<\/p>\n[00:14:34.840 &#8211; Patrick Boucheron]\n\u00c0 partir d&#8217;avril, Christophe Colomb va n\u00e9gocier les conditions de son voyage. C&#8217;est ce que l&#8217;on appelle les capitulations de Santa F\u00e9. Aujourd&#8217;hui, si je vous dis capitulation, \u00e7a veut dire reddition sans condition. Capituler veut dire abandonner. C&#8217;est le contraire que \u00e7a veut dire, en fait, puisque des capitulations, \u00e7a veut dire des chapitres.  Les chapitres de quoi? D&#8217;une n\u00e9gociation o\u00f9 on va r\u00e9gler les d\u00e9tails de ce voyage. Il faut le financer. Il faut l&#8217;organiser. Il faut pr\u00e9voir par avance s&#8217;il y a des gains comme on va les distribuer. Tout cela, \u00e7a se discute et \u00e7a se discute pied \u00e0 pied.<\/p>\n[00:15:13.160 &#8211; Patrick Boucheron]\nDans les termes m\u00eames des capitulations de Santa F\u00e9, il \u00e9tait pr\u00e9vu que Christophe Colomb relate aux rois catholiques et aux rois catholiques, seuls \u00e0 son retour, les conditions de son voyage. On sait qu&#8217;\u00e0 Barcelone, il a donn\u00e9 un document aux rois catholiques. Ce document a \u00e9t\u00e9 perdu. On sait aussi que les rois catholiques ont donn\u00e9 en retour une copie de ce document \u00e0 Christophe Colomb. Cette copie \u00e9galement a \u00e9t\u00e9 perdue, mais dans des conditions un peu particuli\u00e8res.<\/p>\n[00:15:42.740 &#8211; Patrick Boucheron]\nOn a la copie de cette copie et c&#8217;est ce qu&#8217;on appelle le journal de bord de Christophe Colomb. Mais \u00e9videmment, il faut s&#8217;interroger sur Qu&#8217;est ce qu&#8217;on a sous les yeux, par exemple, parfois dans ce journal de bord suppos\u00e9 de Christophe Colomb?  Il parle \u00e0 la premi\u00e8re personne et parfois, il parle \u00e0 la troisi\u00e8me personne. L&#8217;amiral dit que c&#8217;est bien que quelqu&#8217;un l&#8217;a recopi\u00e9. Donc, en fait, le journal de Christophe Colomb n&#8217;est pas tout \u00e0 fait un journal de bord et les capitulations de Santa F\u00e9? Ce n&#8217;est pas non plus le document qu&#8217;on attend ou qu&#8217;on imagine, donc tout est plus compliqu\u00e9 au fond dans le dossier documentaire de 1492. Il ne faut pas d\u00e9sesp\u00e9rer.  Je dirais que c&#8217;est le lot commun ordinaire des historiens confront\u00e9s \u00e0 un \u00e9v\u00e8nement \u00e0 partir de sa reconstitution m\u00e9morielle.<\/p>\n[00:16:39.140 &#8211; Patrick Boucheron]\nEn 1992, \u00e0 l&#8217;occasion de L&#8217;exposition universelle de S\u00e9ville et du 50\u00e8me anniversaire du voyage de Colomb, on a reconstruit les trois caravelles ayant particip\u00e9 \u00e0 l&#8217;exp\u00e9dition. L&#8217;histoire que l&#8217;on a racont\u00e9 est d&#8217;embl\u00e9e elle aussi une reconstitution. Santa Maria, Pinta, Ni\u00f1a.   Les trois caravelles quittent le port andalou de Palos le 3 ao\u00fbt. Elles font rel\u00e2che aux Canaries, puis commence la longue travers\u00e9e de l&#8217;Atlantique.<\/p>\n[00:17:17.590 &#8211; Patrick Boucheron]\nA la suite d&#8217;une invraisemblable s\u00e9rie d&#8217;erreurs de calcul et d&#8217;une lecture opini\u00e2tre de quelques livres, le navigateur g\u00e9nois avait donc r\u00e9ussi \u00e0 se convaincre que le monde \u00e9tait moins grand qu&#8217;on ne le croyait. S&#8217;il avait bien calcul\u00e9 la distance, il n&#8217;y aurait jamais \u00e9t\u00e9 d&#8217;une certaine mani\u00e8re, c&#8217;est ce qui sauve, c&#8217;est ce qu&#8217;il sauve de l&#8217;angoisse, d&#8217;abord.  Lorsqu&#8217;on lit le journal de bord de Christophe Colomb, on ne lit rien qui ne trahisse l&#8217;angoisse ou l&#8217;inqui\u00e9tude de se livrer \u00e0 l&#8217;inconnu ou \u00e0 l&#8217;immensit\u00e9.<\/p>\n[00:17:55.380 &#8211; Patrick Boucheron]\nDix jours apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 les Canaries et mis le cap plein ouest des vols d&#8217;oiseaux ou des algues qui ressemblent \u00e0 des herbes fluviales, le persuade qu&#8217;il est proche Bill. Le 17 septembre, une voix, un crapaud. Le surlendemain, un albatros la terre est proche. Il en est persuad\u00e9. Les marins sont au bord de la mutinerie et veulent changer de cap.<\/p>\n[00:18:31.210 &#8211; Voix]\nWe will not turn back &#8230;<\/p>\n[00:18:45.510 &#8211; Patrick Boucheron]\nLe 12 octobre, enfin, il touche terre. C&#8217;est une toute petite \u00eele que Christophe Colomb nomme imm\u00e9diatement San Salvador. Il vit un drame sacr\u00e9. Enfi\u00e9vr\u00e9 de mysticisme, il croyait revivre l&#8217;exode. Le voil\u00e0 qui rejoue l&#8217;apocalypse et accoste au paradis. On lit dans le Journal de Colomb. Ils vont nus, tels que leur m\u00e8re les a enfant\u00e9. M\u00eame les femmes et tous les hommes que j&#8217;ai vu \u00e9taient jeunes. Aucun n&#8217;avait plus de 30 ans. Ils \u00e9taient tous tr\u00e8s bien faits, tr\u00e8s beaux de corps et tr\u00e8s avenants de visages.<\/p>\n[00:19:37.020 &#8211; Patrick Boucheron]\nIls ne portent pas d&#8217;armes et semblent en ignorer l&#8217;usage lorsque je leur montrer une \u00e9p\u00e9e. Ils apprirent par la lame et se bless\u00e8rent. En fait, ce journal de bord de Christophe Colomb, on le conna\u00eet parce que Bartolom\u00e9 de Las Casas, bien plus tard dans son Histoire des Indes, en a retranscrit de larges extraits.<\/p>\n[00:19:59.810 &#8211; Patrick Boucheron]\nMais lui m\u00eame, il avait une id\u00e9e derri\u00e8re la t\u00eate. Bartolom\u00e9 de Las Casas, c&#8217;est quelqu&#8217;un, c&#8217;est l&#8217;\u00e9v\u00eaque qui passe, c&#8217;est quelqu&#8217;un qui proteste vigoureusement contre les massacres des conquistadors en Am\u00e9rique. Il a l&#8217;id\u00e9e de, au fond, de d\u00e9crire Christophe Colomb comme l&#8217;\u00e2ge d&#8217;or de la conqu\u00eate, son innocence perdue.<\/p>\n[00:20:26.140 &#8211; Patrick Boucheron]\nTemps suspendu o\u00f9 l&#8217;on veut encore croire \u00e0 l&#8217;innocence de l&#8217;\u00e9change, \u00e0 l&#8217;honn\u00eatet\u00e9 du d\u00e9nouement, \u00e0 la possibilit\u00e9 d&#8217;une rencontre. C&#8217;est tout cela que donnent \u00e0 voir ces images du 16e si\u00e8cle, alors que les massacres des conquistadors ont bris\u00e9 depuis longtemps ce r\u00eave d&#8217;un \u00e2ge d&#8217;or. Le 21 octobre, il poursuit son voyage et met le cap vers une grande \u00eele. C&#8217;est Cuba. Enfin, disons que nous savons aujourd&#8217;hui que Cuba, mais Christophe Colomb n&#8217;est dispos\u00e9e \u00e0 reconna\u00eetre que ce qu&#8217;il a lu dans Le livre des merveilles de Marco Polo.<\/p>\n[00:21:11.530 &#8211; Patrick Boucheron]\nLes Indiens lui disent shibao d&#8217;o\u00f9 vient notre Cuba et que l&#8217;on entend Zipangu, le nom que Marco Polo donnait au Japon, o\u00f9 il pr\u00e9tend que les maisons ont des toits en or, ce qu&#8217;il fait miroiter \u00e0 ses lecteurs la promesse de l&#8217;or, de la conversion, de la croisade. Cette croisade qui se poursuivra, il en est persuad\u00e9, pour purifier l&#8217;Espagne et parachever la chr\u00e9tient\u00e9.<\/p>\n[00:21:43.010 &#8211; Patrick Boucheron]\nEst ce que Colomb a un moment donn\u00e9, va comprendre qu&#8217;il n&#8217;est pas l\u00e0 o\u00f9 il pense \u00eatre? Ce n&#8217;est pas \u00e9vident parce qu&#8217;en fait, \u00e0 chaque fois que les indig\u00e8nes lui disent quelque chose, eh bien il re\u00e7oit. Il entend ce mot comme si, au fond, il avait raison. Par exemple, \u00e0 un moment, on lui dit n&#8217;allez pas plus loin parce qu&#8217;il y a des cannibales.<\/p>\n[00:22:08.710 &#8211; Patrick Boucheron]\nMais attention! Ils mangent des hommes et de fait, le mot cannibale vient de cet \u00eatre anonyme cannibale. Mais non, Colon entend peuple du Grand Ch\u00e9nghu\u00e0. l&#8217;Empereur de Chine qu&#8217;il veut rencontrer. Marco Polo n&#8217;a jamais dit qu&#8217;il \u00e9tait anthropophages, donc c&#8217;est que les indig\u00e8nes se trompent. Colomb et ses compagnons rembarque le 2 janvier 1493 pour arriver le 4 mars \u00e0 Lisbonne avec la certitude d&#8217;avoir touch\u00e9 le bord du Japon.<\/p>\n[00:22:48.750 &#8211; Patrick Boucheron]\nEt pendant ce temps l\u00e0, dans le monde, au chapitre de l&#8217;actualit\u00e9 heureuse, la duchesse Anne est couronn\u00e9e reine de France \u00e0 l&#8217;abbaye de Saint-Denis, le 8 f\u00e9vrier.  Deux mois plus t\u00f4t, son mariage avec le roi Charles 8, rattach\u00e9 au royaume, le duch\u00e9 de Bretagne. Florence meurt. Laurent le Magnifique, le protecteur de L\u00e9onard de Vinci, qui dessine probablement en cette m\u00eame ann\u00e9e le fameux Homme de Vitruve. Faisant du corps humain la mesure de toute chose. Mais il est d&#8217;autres princes brillant dans le monde. Ce sont des princes sans portrait. Connaissez vous Sony Alibert, ma\u00eetre de l&#8217;empire songha\u00ef, qu&#8217;il a grandi depuis Gao, sa capitale, jusqu&#8217;\u00e0 Djenn\u00e9 et Tombouctou, la grande et belle et docte Tombouctou?<\/p>\n[00:23:42.690 &#8211; Patrick Boucheron]\nIl \u00e9tait l&#8217;un des plus puissants souverains de son temps. Tout comme d&#8217;Ahmad Tch\u00e9ky, roi b\u00e2tisseur du royaume bouddhiste de P\u00e9gou, au sud de la Birmanie actuelle, et qui meurt \u00e9galement durant cette ann\u00e9e 1492. A la fin de l&#8217;ann\u00e9e, Martine Alonso Pinzon, qui fut le pilote indocile de Colomb, meurt d&#8217;une maladie inconnue.<\/p>\n[00:24:09.750 &#8211; Patrick Boucheron]\nC&#8217;est probablement la syphilis. Ce m\u00e2le am\u00e9ricain qui allait ravager l&#8217;Europe, tandis que les conquistadors apportaient avec eux la grippe et d&#8217;autres virus qui r\u00e9pandait la mort parmi les Indiens. l&#8217;Unification microbienne du monde avait commenc\u00e9. L&#8217;ann\u00e9e 1492, en tout cas, c&#8217;est comme \u00e7a qu&#8217;on l&#8217;enseigne \u00e0 l&#8217;\u00e9cole. C&#8217;est le pli entre Moyen \u00c2ge et temps modernes. \u00c7a veut dire qu&#8217;apr\u00e8s Christophe Colomb, on entre dans une autre histoire. Ce n&#8217;est pas seulement qu&#8217;on acc\u00e8de au Nouveau Monde, c&#8217;est que ce nouveau monde est aussi le lieu d&#8217;un temps nouveau.<\/p>\n[00:24:49.360 &#8211; Patrick Boucheron]\nMais ce n&#8217;est pas si \u00e9vident puisque Christophe Colomb, on l&#8217;a vu, il est enfi\u00e9vr\u00e9 de mysticisme m\u00e9di\u00e9val puisque il a lu les livres du Moyen-\u00c2ge. Et puisque si on y r\u00e9fl\u00e9chit, l&#8217;histoire apr\u00e8s lui de la colonisation am\u00e9ricaine est aussi celle d&#8217;un Moyen-\u00c2ge fi\u00e9vreux, f\u00e9odal et conqu\u00e9rant. Ce qui prend pied en Am\u00e9rique, c&#8217;est pas du tout une Europe moderne, humaniste, tol\u00e9rante. C&#8217;est la foi obtuse et lue du moyen. Moi, c&#8217;est peut \u00eatre parce que je suis m\u00e9di\u00e9viste, mais je trouve que tout est m\u00e9di\u00e9val en 1492.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<audio class=\"wp-audio-shortcode\" id=\"audio-1441-1\" preload=\"none\" style=\"width: 100%;\" controls=\"controls\"><source type=\"audio\/mpeg\" src=\"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/UnNouveauMonde1492.mp3?_=1\" \/><a href=\"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/UnNouveauMonde1492.mp3\">https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/UnNouveauMonde1492.mp3<\/a><\/audio>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>https:\/\/www.arte.tv\/fr\/videos\/069117-001-A\/quand-l-histoire-fait-dates\/ https:\/\/www.happyscribe.com\/transcriptions\/3fa2ebd7357d4dcc82d647446eb331d2\/edit_v2 \ufeff [00:00:34.320 &#8211; Patrick Boucheron] Je ne sais pas ce que c&#8217;est, une date importante ce que je sais, c&#8217;est que la m\u00e9moire, peut on faire? On rentre pas dans l&#8217;histoire comme \u00e7a avec nos gros sabots. On&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/2020\/11\/18\/1492-un-nouveau-monde\/\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1395,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-1441","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-french"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/arte-tv.png","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p8rlea-nf","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1441","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1441"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1441\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2164,"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1441\/revisions\/2164"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1395"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1441"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1441"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/saint-christophers-hosting.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1441"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}